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Denise Comanne (1949 2010) a mis la dernière main à ce texte le 27 mai 2010, soit la veille de son décès survenu à la suite d’un accident cardio vasculaire alors qu’elle venait de quitter une conférence commémorant le cinquantenaire de l’indépendance du Congo. Voir cette page.

Denise Comanne comptait encore améliorer ce texte (1) dans le cadre du travail collectif entrepris par le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) afin de renforcer son engagement féministe.

L’oppression des femmes est très ancienne : elle préexiste au capitalisme, qui est aussi un système d’oppression mais plus global. On appelle patriarcat l’oppression que les femmes subissent en tant que femmes de la part des hommes. Cette oppression se reproduit de multiples façons au delà de l’aspect strictement économique : par le langage, la filiation, les stéréotypes, les religions, la culture Cette oppression prend des formes très différentes selon, par exemple, qu’on vit au Nord ou au Sud de la planète, en milieu urbain ou en milieu rural.

La révolte contre l’oppression ou l’exploitation ressentie ne débouche pas ipso facto sur la mise en cause du patriarcat (la classe ouvrière opprimée ne décide pas non plus ipso facto de mettre fin au capitalisme et, pourtant, il est plus facile de réagir à l’oppression du patron qu’à celle du compagnon). Pour cela, il faut encore pouvoir se débarrasser des explications les plus courantes, qu’elles soient d’inspiration physiologique (appareil sexuel ou cerveau différent) ou psychologique (caractère passif, docile, narcissique, etc.) pour déboucher sur une critique politique du patriarcat, en tant que système de pouvoir dynamique, capable de se perpétuer, et qui résiste à toute transformation de son noyau central : la suprématie des hommes (2).

tre féministe, c’est donc prendre conscience de cette oppression et, ayant pris conscience que c’est un système, travailler à le détruire pour permettre l’émancipation (la libération) des femmes.

Caractéristiques du patriarcat (3)

La domination masculine ne se réduit pas à une somme de discriminations. C’est un système cohérent qui façonne tous les domaines de la vie collective et individuelle.

1) Les femmes sont « surexploitées » en leur lieu de travail et elles fournissent en plus de longues heures de travail domestique, mais ces dernières n’ont pas le même statut que les heures de travail salarié. Sur le plan international, les statistiques montrent que si on prend en compte le travail professionnel des femmes qui est rémunéré, plus le travail domestique, le groupe des femmes produit un « surtravail » par rapport à celui des hommes. Cette non mixité dans les tâches et les responsabilités familiales est la face visible (grâce aux féministes) d’un ordre social fondé sur la division sexuelle du travail, c’est à dire sur une répartition des tâches entre les hommes et les femmes, suivant laquelle les femmes seraient censées se consacrer prioritairement, et « tout naturellement », à l’espace domestique et privé tandis que les hommes se consacrent à l’activité productive et publique. Cette répartition, loin d’être « complémentaire », définit une hiérarchie entre les activités « masculines » (valorisées) et les activités « féminines » (dévalorisées). Elle n’a jamais correspondu, dans les faits, à une égalité. La grande majorité des femmes a toujours cumulé une activité productive (au sens large du terme) et l’entretien du groupe domestique.

2) La domination se caractérise par une absence totale ou partielle de droits. Les femmes mariées au 19e siècle en Europe n’avaient quasiment pas de droits ; ceux des femmes d’Arabie saoudite aujourd’hui sont réduits à peu de choses (généralement, les femmes qui vivent dans des sociétés où la religion est une affaire d’tat, ont des droits fort limités). Les droits des femmes occidentales se sont, par contre, considérablement élargis sous l’influence du développement du capitalisme elles devaient pouvoir travailler et consommer « librement » mais aussi et surtout grâce à leurs luttes. Les femmes n’ont pas cessé de lutter collectivement depuis deux siècles pour revendiquer le droit de vote, le droit au travail, de se syndiquer, la libre maternité, l’égalité pleine et entière au travail, dans la famille et dans l’espace public.

3) La domination s’accompagne toujours d’une violence, qu’elle soit physique, morale ou « idéelle ».

La violence physique, ce sont les violences conjugales, le viol, les mutilations génitales, etc. Cette violence peut aller jusqu’au meurtre. Les violences morales ou psychologiques, ce sont les insultes, les humiliations. Les violences « idéelles », ce sont les violences inscrites dans les représentations (les mythes, les discours, etc.). Par exemple, chez les Baruya (population de la Nouvelle Guinée) où les hommes exercent leur domination sur tous les terrains, le lait des femmes n’est pas considéré comme un produit féminin mais comme la transformation du sperme des hommes. Or, cette représentation du lait comme produit dérivé du sperme est une forme d’appropriation par les hommes du pouvoir de procréation des femmes, et c’est une manière d’inscrire dans la représentation des corps la subordination des femmes.

4) Les rapports de domination s’accompagnent le plus souvent d’un discours qui vise à faire passer les inégalités sociales pour des données naturelles. L’effet de ce discours, c’est de faire admettre ces inégalités comme un destin incontournable : ce qui relève de la nature ne peut pas être changé. On trouve ce type de discours dans la plupart des sociétés. Par exemple, dans la société grecque antique, il est fait référence aux catégories du chaud et du froid, du sec et de l’humide, pour définir la « masculinité » et la « féminité ». Voici l’explication donnée par Aristote : « Le mâle est chaud et sec, associé au feu et à la valeur positive, le féminin est froid et humide, associé à l’eau et à la valeur négative (.). C’est qu’il s’agit, dit Aristote, d’une différence de nature dans l’aptitude à « cuire » le sang : les règles chez la femme sont la forme inachevée et imparfaite du sperme. Le rapport perfection/imperfection, pureté/impureté, qui est celui du sperme et des menstrues, donc du masculin et du féminin, trouve par conséquent chez Aristote son origine dans une différence fondamentale, biologique ». Une inégalité sociale inscrite dans l’organisation sociale de la cité grecque (les femmes ne sont pas citoyennes) est transcrite, en termes de nature, dans la représentation des corps.

Dans d’autres sociétés, ce sont d’autres qualités « naturelles » qui sont associées à l’homme ou à la femme et qui aboutissent elles aussi à une hiérarchisation entre le groupe des hommes et celui des femmes. Un exemple, celui de la société des Inuits : là, le froid, le cru et la nature sont du côté de l’homme, alors que le chaud, le cuit et la culture sont du côté de la femme. C’est l’inverse dans les sociétés occidentales, où l’on associe homme culture/femme nature. On peut donc constater qu’avec des qualités « naturelles » différentes (froid et chaud pour les femmes par exemple), on aboutit néanmoins à les rationaliser dans un rapport social hiérarchisé entre les hommes et les femmes (quelle que soit la qualité naturelle c’est moins bon chez la femme).

Il ne s’agit pas de nier ainsi toute différence biologique entre les hommes et les femmes. Constater une différence, ce n’est pas admettre automatiquement une inégalité. Mais quand, dans une société, est monté en épingle un ensemble de « différences naturelles », non pas entre tel ou tel individu mais entre des groupes sociaux, on doit soupçonner un rapport social inégalitaire masqué derrière le discours de la différence.

Ce discours de « naturalisation » n’est pas spécifique aux rapports de domination des hommes sur les femmes, on le trouve par exemple dans la manière de décrire la situation des noirs. Certains discours tendaient ainsi à justifier la situation d’exploitation et d’oppression des Noirs, sous ses différentes formes, par leur « paresse » congénitale. On le constate également à propos des prolétaires du XIX siècle : à cette époque, on expliquait leur impossibilité de sortir de la pauvreté par le fait qu’ils étaient des ivrognes par nature, de père en fils. Ce type de discours tend à transformer des individus intégrés dans des rapports sociaux en « essences » avec des « qualités » définitives, relevant de la nature, qui ne peuvent pas être changées et qui, donc, justifient, légitiment ces rapports d’inégalité, d’exploitation, d’oppression, etc.

5) S’il n’y a pas de luttes, le type de discours de naturalisation peut très bien être intériorisé par les opprimées.

En ce qui concerne les femmes, par exemple, l’idée suivant laquelle parce que ce sont elles qui portent les enfants et les mettent au monde, elles seraient « naturellement » plus douées que les hommes pour s’en occuper, quand ils sont petits du moins, est largement répandue. Pourtant, les jeunes femmes sont souvent aussi démunies que leur conjoint dans les premiers jours qui suivent la naissance. Par contre, elles ont souvent été préparées psychologiquement (à travers l’éducation et les normes diffusées dans l’ensemble de la société) à cette nouvelle responsabilité qui va nécessiter un apprentissage. Cette répartition des tâches à propos des enfants (qui confient quasi exclusivement aux femmes les soins matériels des bébés) n’a rien de « naturel » ; elle relève de l’organisation sociale, d’un choix collectif de société même s’il n’est pas formulé explicitement. Le résultat est bien connu : ce sont majoritairement les femmes qui doivent se débrouiller pour « concilier » travail professionnel et responsabilités familiales, au détriment de leur santé et de leur situation professionnelle, les hommes,
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quant à eux, étant privés de ce contact permanent avec les jeunes enfants.

Cette naturalisation des rapports sociaux s’inscrit inconsciemment (subtilement) dans les comportements des dominants et des dominées et les pousse à agir conformément à la logique de ces rapports sociaux, les hommes devant se conformer (dans les sociétés méditerranéennes, par exemple) à la logique de l’honneur (ils doivent à tout moment faire la preuve de leur « virilité »), les femmes, à celle de la discrétion, du service, de la docilité. Ce discours de « naturalisation », porté par les dominants, aboutit au fait que les individus des deux sexes se voient coller une étiquette, assignés à une identité unique et, dans certains cas, persécutés ou du moins maltraités, au nom de leur origine sociale, de la couleur de leur peau, de leur sexe, de leur orientation sexuelle, etc. Dans les sociétés occidentales, le modèle de référence a longtemps été, et reste encore très largement, celui de l’homme, blanc, bourgeois, chrétien, hétérosexuel. Seule une personne réunissant ce type de caractéristiques pouvait prétendre être un individu à part entière et pouvoir parler pour l’humanité. Tous les autres, les Noirs, les Juifs, les Tziganes, les homos, les travailleurs immigrés et leurs enfants, les femmes (ces dernières pouvant, d’ailleurs, concentrer sur elles plusieurs de ces « stigmates ») devaient et doivent encore se justifier pour bénéficier des mêmes droits que les dominants.

Autrefois, quand on interrogeait les enfants à l’école sur la profession de leurs parents respectifs, on leur apprenait que, si leur maman était femme au foyer, il fallait inscrire « néant ». Ce « néant » là témoigne mieux que tout autre de « l’invisibilité » du travail domestique des femmes dans les sociétés capitalistes avant le renouveau du féminisme, à la fin des années 1960. Ce sont les féministes qui, en effet, ont mis en évidence l’importance et la diversité des activités réalisées par les femmes « gratuitement » dans la famille. Si on essayait de chiffrer la contribution invisible des femmes, non traduite en valeur monétaire (parce qu’elle ne fait pas l’objet d’une vente ou d’un achat), le PNUD estimait dans son rapport 1995 qu’elle aurait représenté l’équivalent de 11 000 milliards de dollars. Il faut mettre ce chiffre en rapport avec celui de la production mondiale, estimée à l’époque à 23 000 milliards de dollars, pour avoir une idée de ce que représente l’apport des femmes à l’entièreté de l’humanité (PNUD, 1995, p. 6). ces 11 000 milliards de dollars, il faudrait ajouter la contribution des femmes qui fait l’objet de rapports marchands (travail salarié, par exemple). Il faudrait enfin prendre en considération que, à travail égal, le montant des salaires payés aux femmes est en général inférieur à celui payé aux hommes.

Les tâches domestiques sont les tâches de reproduction de la force de travail ; elles sont effectuées au sein du cadre familial, et l’immense majorité de ce travail est assuré GRATUITEMENT par les femmes (80% des tâches domestiques sont assumées par les femmes). Le système capitaliste n’a jamais voulu jusqu’ici transformer entièrement les tâches domestiques en professions rémunérées par un salaire et/ou en produits à vendre sur le marché. Pour réussir ce tour de force, il a fallu que, via le patriarcat, les femmes comme les hommes intériorisent et développent l’idée selon laquelle il y aurait une prédisposition des femmes à l’accomplissement des tâches domestiques.

La question du travail domestique des femmes (sphère privée) est donc centrale dans l’analyse de leur situation.

La tendance du système capitaliste à réorganiser à son profit l’économie à l’échelle mondiale a des répercussions directes sur les rapports entre les sexes. L’analyse des méthodes employées montre, d’une part, que le système capitaliste se nourrit d’un système d’oppression préexistant, le patriarcat, et d’autre part, qu’il en accuse les traits. En effet, l’oppression des femmes est un outil permettant aux capitalistes de gérer l’ensemble de la force de travail à leur profit. Elle leur permet aussi de justifier leurs politiques quand il leur est plus profitable de déplacer la responsabilité du bien être social de l’tat et des institutions collectives vers l’intimité de la famille. Autrement dit, quand les capitalistes ont besoin de main d’uvre, ils vont chercher les femmes et les paient moins que les hommes (ce qui, par voie de conséquence, tire tous les salaires vers le bas). Dans ce cas, l’tat est poussé à réaliser des services qui facilitent un peu la tâche des femmes ou leur permettent de se dégager de certaines responsabilités. Mais s’ils (les capitalistes) n’ont plus besoin de main d’uvre féminine, ils renvoient les femmes à leurs foyers, où se trouve leur véritable place selon le patriarcat.

Il n’existe encore aucun pays au monde, même parmi les plus avancés en ce domaine, où les revenus des femmes soient égaux aux revenus des hommes. Certains pays industrialisés reculent même sérieusement dans la liste du développement humain, si l’on considère cette donnée : le Canada recule de la 1ère place à la 9e, le Luxembourg recule de douze places, les Pays Bas de seize, l’Espagne de vingt six (PNUD, 1995). Les carrières majoritairement occupées par des femmes sont dévalorisées (travail de la santé, enseignement). Lorsque que le capitalisme traverse des crises et qu’il met en place des plans d’austérité, les femmes sont les premières exclues des allocations sociales (indemnités de chômage, par exemple) quand celles ci existent. Ailleurs, on les poussera vers des emplois où le salaire est très inférieur, comme le travail en zones franches (au Mexique, dans ce secteur, les salaires des femmes se sont effondrés de 80% à seulement 57% de ceux des hommes) ou on les glorifiera de travailler avec un salaire dérisoire dans la multitude de travaux du secteur informel, hors des réglementations paralysantes des tats.

Le droit des femmes au travail est remis en cause par mille astuces gouvernementales. Il y a évidemment le « choix du temps partiel, qui va du mi temps au contrat zéro où la travailleuse reste à disposition du patron de zéro heure à n’importe quel nombre d’heures, selon les besoins, et cela alors que pratiquement tous les sondages prouvent que la majorité des travailleuses est demandeuse d’un temps complet. La réduction croissante de services comme les crèches, les garderies, ou la privatisation d’autres comme les maisons de repos pour personnes âgées multiplient les embûches rencontrées par la femme au travail. du travail introduit le travail de nuit pour les femmes en négatif. Il est clair que pour les services de sécurité, de soins, etc., il est correct d’avoir établi l’égalité de travail des femmes. Mais ce qui était en jeu dans ce soi disant progrès égalitaire, c’était de permettre aux femmes de travailler de nuit à la chaîne, par exemple. Or, il n’est absolument pas vital de construire une voiture pendant la nuit. La mesure d’égalité de travail de nuit entre les hommes et les femmes aurait donc dû être selon un féminisme bien pensé de supprimer le travail de nuit pour les hommes. De plus, ce travail de nuit à la chaîne, inacceptable par principe, n’est pas vivable la plupart du temps, vu le travail que les femmes accomplissent encore actuellement dans la sphère familiale.

La question du travail des femmes dans la production (sphère publique) est donc tout aussi centrale.

Pour gérer cette question, le capitalisme va s’appuyer sur le patriarcat, s’en servir comme levier pour ses objectifs et, parallèlement, le renforcer. Le fait que les femmes soient reléguées par le patriarcat aux tâches domestiques va permettre aux capitalistes de justifier la surexploitation salariale des femmes par l’argument que leur travail serait moins productif que celui des hommes (faiblesse, règles, absentéisme pour grossesse, allaitement, garde des enfants et des parents malades). C’est la question du salaire d’appoint. Encore aujourd’hui, à compétences égales et à travail égal, les femmes sont payées environ 20% de moins que les hommes. Double intérêt pour les capitalistes : d’une part, ils disposent d’une main d’uvre meilleur marché et plus flexible (c’est une main d’uvre de réserve employable en fonction des fluctuations du marché) et, d’autre part, cela leur permet de tirer l’ensemble des salaires vers le bas.

Cette question générale du travail des femmes dans la sphère privée et dans la sphère publique reflète donc soit leur oppression (quand par exemple, des politiques d’extrême droite ou d’intégrisme religieux les forcent à rester à l’intérieur de la maison), soit leur libération (politiques progressistes d’égalité de salaire, de création d’emplois, de services publics gratuits).
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